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Retour d’expérience Covid-19 en Meurthe-et-Moselle

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    Eric Freysselinard

      Une crise dont nous avons tous tardé à mesurer l’ampleur

      Pendant des mois et des mois, nous fermions toutes les portes à la préfecture et j’avais calculé que, la nuit, les gilets jaunes devraient forcer sept portes avant d’arriver à ma chambre. En quelques jours, nous allions basculer dans un monde confiné où, maintenant, nous laissons toutes les portes intérieures ouvertes pour éviter d’attraper le virus au contact des poignées…

      Début janvier, l’OMS évoque un nouveau virus en Chine dans la ville de Wuhan et, le 9 janvier, un premier Chinois, du moins officiellement, meurt. Le 21, la ministre de la santé, Agnès Buzyn n’exclut pas le risque d’introduction du virus en France. Le 24 du même mois, trois cas sont signalés en France, de retour de Wuhan ; la liaison aérienne a été suspendue la veille ; deux jours plus tard, le ministère de l’intérieur demande aux préfets des capacités d’accueil pour des Français revenant de cette région infectée. Le 27, le centre de crise sanitaire ouvre au ministère de la santé. Le 30, l’Italie signale deux malades chinois chez elle et l’OMS annonce une « urgence de santé publique de portée internationale ».

      Le 4 février, l’épidémie gagne le navire de croisière Diamond Princess au large du Japon. A Nancy, ce même jour, je tiens une réunion avec l’ensemble des responsables sanitaires et sécuritaires de la crise en naissance ainsi que les principales collectivités. J’annonce que je ne serrerai aucune main. Le 8 février, a lieu une ultime manifestation de gilets jaunes à Nancy qui sera suivie encore de manifestations sur les retraites le 15, le 21, le 28 février et le 5 mars : les organisations syndicales n’ont pas pris la mesure de la crise.

      Le 16 février, Olivier Véran remplace Agnès Buzyn comme ministre de la santé, après la démission de cette dernière pour se présenter aux municipales. Le 17 février, un rassemblement évangélique de 4 jours se tient à Mulhouse avec 2 500 personnes qui diffuser le virus en France. A la même date, la direction générale des entreprises publie une note sur les conséquences économiques de la crise. Le 22 février, je visite une commune où je serre encore de nombreuses mains… : je n’ai toujours pas compris la gravité de la situation.

      Le 23 février, le ministre de la santé annonce l’activation de 70 hôpitaux. Le 25 février, un enseignant de Crépy-en-Valois, dans l’Oise, décède de la maladie ; le même jour, le Premier ministre, Edouard Philippe, écrit à tous les maires et présidents de conseils départementaux et les voyages scolaires vers l’Italie sont suspendus. Le 27 février, on annonce 650 cas en Italie avec 17 morts. Nous recevons une circulaire du directeur général de la santé, Jérôme Salomon, précisant la démarche de détection des foyers d’épidémie que doivent suivre les ARS. Je tiens une nouvelle réunion de crise le lendemain. Le 29 février, les rassemblements de plus de 5 000 personnes sont interdits. A une date inconnue, une alerte sur des cas de Covid à Mulhouse était remontée au responsable régional de Santé publique France qui l’avait transmise à Paris sans en informer le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, au motif qu’il n’est pas dans la liste des gens qu’il doit prévenir.

      Début mars, un foyer est détecté dans l’Oise et des mesures de confinement sont décidées. Le 5 mars, je réunis les organisations syndicales de tous les services de l’Etat ; au cours de cette réunion, les syndicats de policiers demandent à avoir des masques. Le lendemain, je réunis, en présentiel encore, la plupart des élus de communes d’une certaine taille, soit une soixantaine ; je rappelle les gestes barrières, ayant vu des élus importants, la veille, serrer la main et embrasser. Ni moi ni mes interlocuteurs n’avons encore compris la gravité de la crise. Nous apprenons qu’un premier cas suspect a été repéré dans le département.

      Le 7 mars, le Premier ministre écrit aux maires pour leur rappeler les mesures barrières utiles à la tenue du premier tour des municipales. Le 8 mars, le ministre de la santé prononce l’interdiction des rassemblements de plus de 1 000 personnes. Le 9 mars, écoles et crèches sont fermées dans le Haut-Rhin et l’Oise. Le 10 mars, je tiens une conférence de presse à la préfecture avec le DG de l’ARS, Christophe Lannelongue, et le recteur, Jean-Marc Huart. Le 11 mars, la France annonce déjà 48 décès et 2 281 cas et l’ONU annonce une pandémie.

      Le 13 mars, j’assiste à l’opéra de Nancy, limité à une jauge de 1 000 personnes après avoir demandé que soient apposées les affiches sur les gestes barrières sur les portes d’entrée et la fermeture du cocktail d’entracte. Le 14 mars, j’ai un dîner en ville auquel participe l’infectiologue patron de la clinique privée Pasteur et sa femme médecin et couturière qui m’explique qu’elle confectionne, déjà, face à la pénurie, des masques en tissu. Au « 20 heures », le Premier ministre annonce la fermeture effective de tous les lieux publics non indispensables à la vie du pays et de tous les établissements scolaires.

      Une entrée brusque dans le confinement

      Lundi 16 mars, le président Macron annonce un confinement pour le lendemain. Le matin, sur France Bleu, j’avais annoncé la tenue à huis clos des matches de football et de basket de la semaine. La question du maintien de la foire attractive, sorte de foire du trône, qui nous agitait depuis des semaines, est donc réglée ; les forains ne protesteront pas. Nous avons changé d’ère.

      Dès la mi-mars, les soignants manquent de masques. Comme mes collègues, je lance très vite un appel aux services de l’Etat, élus, entreprises pour en récupérer. Au total, en dix jours, j’en recevrai 140 000, avec des dons importants notamment de Saint-Gobain et Renault, et les ferai distribuer aux chauffeurs de la préfecture aux adresses indiquées par l’ARS. L’association des Chinois de Nancy en distribue aussi des dizaines de milliers. A cette date, on commence à réaliser que l’ARS n’est pas en mesure seule de gérer la crise, d’autant que cette dernière empiète tous les champs, malgré la grande énergie et le dévouement de la déléguée départementale, le docteur Eliane Piquet.

      Le 13 mars, nous mettons en place une boîte mail pref-covid19@meurthe-et-moselle.gouv.fr et j’en informe le ministère de l’intérieur qui généralise ce nommage. Nous recevons une centaine de mails par jour et le double d’appels la première semaine. Mon collègue de la Moselle, Didier Martin, met en place un numéro vert qui vient compléter le numéro national. Le même jour, je participe à une réunion, en présentiel, à la CCI avec deux cents entrepreneurs à qui j’explique les mesures gouvernementales pour leur venir en aide. C’est la dernière réunion en présentiel, à laquelle j’étais d’ailleurs gêné de participer, alors que nous sommes déjà mi-mars, autre signe que la crise a tardé avant d’être comprise.

      Le 1er mars, la cellule nationale de suivi est activée au ministère de l’intérieur, puis, le 17 mars, le centre interministériel de crise (CIC) du ministère de l’intérieur. C’est un basculement dans la crise qui nous permet d’être mieux informés de la situation. Le 16 mars, les déplacements des membres du corps préfectoral hors de leur département d’affectation sont suspendus. La veille, un foyer de contamination a été découvert à l’Assemblée nationale à partir du député de Mulhouse qui avait assisté au rassemblement.

      Le 17 mars, je tiens un Facebook live, avec les chambres consulaires et le Medef, auxquels se connecteront en quelques jours 15 000 personnes, pour répondre aux questions des entreprises et fédérations professionnelles. A compter de cette même date, je tiens tous les mardis et vendredis une visio par Skype avec les grands élus (PCD, maire ville chef-lieu, métropole, AMF, parlementaires, députée européenne) en présence, par visio, des chefs de service avec trois thèmes successifs (santé : CHU et ARS et questions sociales : DDCS ; économie : UD Direccte, DDFIP ; sécurité : DDSP, gendarmerie). Je partage le travail entre mes collaborateurs : Marie Cornet, directrice de cabinet (sécurité et santé), Marie-Blanche Bernard, secrétaire générale (social avec la DDCS), Frédéric Carre, sous-préfet de Briey (frontières et pays haut), Matthieu Blet, sous-préfet de Lunéville (économie), Carole Milbach, sous-préfète de Toul (gardes d’enfants). Toutes les semaines, je tiens une visio avec la banque de France, la fédération des banques, les présidents des tribunaux de commerce, les chambres consulaires et le MEDEF. Le 18 mars, le ministère de l’intérieur nous rappelle que le confinement n’interdit pas aux artisans d’aller travailler mais de nombreuses entreprises n’arrivent plus à fonctionner faute de salariés, de pièces ou de commandes ; elles manquent aussi de commerces pour écouler leurs marchandises (comme les concessions automobiles).

      Le 19 mars, un hôpital de campagne militaire est installé à Mulhouse. Les 22 et 23 mars, une loi et un décret déclarent l’état d’urgence sanitaire. Au même moment, je tiens une réunion en visio avec les représentants du patronat et des syndicats de salariés. Nous avons déjà dans le département 57 personnes en réanimation.

      Le 24 mars, un décret interdit les marchés extérieurs ce qui interpelle les commerçants puisque les grandes surfaces restent ouvertes ; finalement, il nous est demandé de la souplesse et j’autorise une quinzaine de petits marchés essentiellement ruraux et avec contrôle du respect des mesures barrières. Nous avons des difficultés d’interprétation avec les jardineries qui sont autorisées uniquement si elles vendent de l’alimentation animale. La CIC nous dit que le ministre de l’agriculture aurait demandé l’interdiction de l’horticulture. Les fleuristes, interdits, réclament. Localement, j’autorise la vente chez le producteur et les jardins familiaux, puisqu’alimentaires. Les coiffeurs protestent contre la possibilité de coiffure à domicile et les gens commencent à se demander quand la coiffure rouvrira. Dans le même temps, les grandes surfaces, ouvertes, interdisent l’entrée aux enfants, ce qui amène à une protestation du Défenseur dans droits et j’apprends par les réseaux sociaux que des magasins ont eu ce comportement dans mon département, ce qui m’amène à rappeler la loi.

      A partir du 18 mars, chaque jour, la préfète de région Josiane Chevalier réunit chaque soir à 18 h les préfets de la région avec le DG de l’ARS (et moi une visio avec mes sous-préfets juste à 17 h) et, à compter du 27 mars, une réunion zonale se tient le vendredi matin. C’est cette semaine, en quelques jours, que la crise a véritablement basculé en Lorraine.

      Un hôpital universitaire qui monte en puissance

      Le CHU et l’ARS arrivent à tripler les capacités de réanimation qui arriveront à atteindre début avril 164 lits, soit une trentaine de plus que nécessaire, alors que nous pensions que 200 seraient nécessaires. Cela leur permet d’accueillir de nombreux malades d’Alsace avant même la prise en charge des Lorrains. Le confinement aura donc eu à temps des effets positifs pour notre département, touché après les autres.

      Début avril, nous nous apercevons que nous allons aussi manquer de surblouses, de charlottes, de surchaussures et de lunettes. Un ESAT et un lycée fabriquent des visières en plastique avec des imprimantes 3D que nous pouvons distribuer aux gendarmes (les policiers ont interdiction de les porter de leur hiérarchie), aux aides-soignants, aux opérateurs funéraires. L’entreprise Schweitzer, filiale du groupe Sphère, que j’avais visitée, m’est signalée le vendredi 3 avril par Nadine Morano et le sénateur Husson ; elle propose de fabriquer des blouses ; le CHU en commande immédiatement 100 000, l’APHP en ayant déjà demandé 1,5 M et les hôpitaux de Lille. L’ARS en commande 500 000. Nous apprenons mi-avril que le curare, nécessaire pour les intubations, voire les sédatifs, risquent de manquer.

      Comme lorsque la crise de la canicule que j’avais connue au cabinet du ministre des libertés locales où je suivais le volet funéraire, le décompte des personnes décédées est difficile à faire. Paris nous envoie des chiffres de l’INSEE qui, dans les premiers temps, donnent une baisse de 5 % pour la Meurthe-et-Moselle alors que, quand nous appelons les opérateurs funéraires, nous concluons à une hausse de 11 %. Paris nous demande d’appeler les services d’état civil qui ne répondent pas. Nous apprenons quelques semaines après que le responsable régional de Santé publique France faisait le même travail auprès des services d’état civil. Depuis le début de la crise, les chiffres sont difficiles à évaluer, d’abord à cause des décès en EHPAD pas ou mal comptabilisés (mais inversement avec aussi des doubles comptes de personnes issues d’EHPAD décédées à l’hôpital), ensuite à cause des décès à domicile ; enfin, les statistiques de l’INSEE sont réduites du fait de la baisse de la mortalité par ailleurs.

      Le gouvernement a prolongé de deux mois le dispositif de veille hivernale, 115 et hébergement continuant à fonctionner. Mais le problème est que beaucoup de SDF refusent d’être hébergés et que le travail de conviction est difficile ; nous avons aussi de nombreuses personnes qui mendient dans la rue mais qui ont un domicile. Après plusieurs jours de pédagogie, nous commençons début avril à verbaliser. Nous avons par exemple, à Nancy, 14 lits supplémentaires en centre-ville et une halte de nuit qui reste ouverte en journée. Nous ouvrons de nouvelles capacités pour répondre à la demande actuelle : d’une part, pour les SDF notamment avec chiens, qui refusent l’hébergement traditionnel, une quarantaine de chambres individuelles ; d’autre part, pour les SDF malades mais ne nécessitant pas d’hospitalisation, 58 chambres, gérées par la Croix-Rouge. Le 11 avril, nous avons 39 SDF avec des symptômes et 7 professionnels. Quant aux migrants, leur nombre a chuté et ceux qui restent nous inquiètent au niveau de la scolarisation de leurs enfants, de même que tous les enfants en difficulté. Les violences intrafamiliales sont en augmentation pendant que les accidents de la route et même les cambriolages baissent.

      Le SIDPC procède aux réquisitions d’hôtels et de taxis pour le personnel soignant, épaule les hôpitaux en faisant appel aux moyens des associations agréées de sécurité civile pour la mise en place de tentes de tri devant les services d’urgence.

      Une accélération de la crise

      Le 25 mars, le maire de Nancy, Laurent Hénart, exprime la volonté de prendre un arrêté de couvre-feu ; je le convaincs de me laisser le signer et il entre en vigueur le vendredi suivant avec couvre-feu de 22 h à 5 h et interdiction des rassemblements de plus de deux personnes, non comptés les enfants de moins de 10 ans. Ce même week-end, deux stagiaires ENA m’ont rejoint, Sania Matulic, qui avait fait son stage à Nouméa, et Quentin Navaro-Auburtin, qui l’avait fait à Nancy mais doit rester à Paris, et suit en visio nos réunions afin d’en faire les comptes rendus.

      Le 27 mars, j’apprends par le CHU qu’un train sanitaire va venir à Nancy, le 28 mars après-midi, la SNCF nous le confirme et le soir à 23 h 30 un mail de l’ARS. Je réunis un point audio à 14 h. Nous apprenons que nous devrons faire dîner et loger le soir même une soixante de soignants et en véhiculer une vingtaine après le dîner vers Metz puis les y prendre à 5 h 30 du matin pour les amener à l’hôpital de Metz où ils prendront des malades et les amèneront à Nancy. Le train sanitaire emporte le dimanche matin 24 malades, moitié de Nancy moitié de Metz, soulageant nos hôpitaux.

      Le décret de réquistion des masques avait permis de prendre les stocks au début mais il faut maintenant l’alléger pour faciliter les importations dans cette deuxième phase de la crise. Le samedi 29 mars, le Journal officiel lève la réquisition. Les collectivités locales peuvent désormais commander des masques mais aussi les agences régionales de santé. La préfète de région demande au SGAR de procéder à l’achat avec l’ARS et à la zone de défense de les distribuer.

      Nous manquons encore de tests. Une machine de test devant nous permettre de passer de 200 à 2 500 tests par jour est encore, d’après mes renseignements pris à la DGOS, à Hong Kong). Dès la parution du texte autorisant les laboratoires vétérinaires au Journal officiel, je me suis entendu avec le président du conseil départemental. Il a commandé les tests et j’ai demandé à l’ARS de me faire signer l’arrêté d’habilitation qui suivait la convention entre le laboratoire et le CHU. A Nancy, les tests sérologiques ont commencé début avril, avant l’autorisation officielle, en coopération avec la société alsacienne Biosynex qui les fabrique et va les développer avec le conseil régional du Grand Est.

      Beaucoup de questions nous agitent aussi comme de savoir qui doit porter un masque. La consigne pendant des semaines est de ne pas donner aux policiers au motif, pas complètement infondé, que cela leur donnerait une fausse protection et que la distance sociale est plus importante. Néanmoins, je constate que, ici et ailleurs, les policiers en portent. Le ministère des finances distribue des masques à ses agents, le ministère de l’éducation nationale également, le ministère de l’écologie également pour les agents travaillant dans les stations d’épuration, le ministère de la justice aux agents pénitentiaires, etc.

      Le 14 avril, nous en sommes en France à 15 729 morts. En Meurthe-et-Moselle, officiellement, 179 décès (dont un tiers en EPHAD) et 149 en réanimation. Sur le sujet des EHPAD, où en 3 jours nous avons eu 15 morts de plus, j’ai fait une réunion le 10 avril avec l’ARS, le CHU, le SDIS, le CD. La politique de tests étant insuffisante, j’ai demandé que se constitue le lendemain, week-end de Pâques, une équipe de pompiers formés par le CHU qui ira, avec une grille établie par le CHU et l’ARS, dans les EHPAD pour former, expliquer, inspecter, sans se limiter aux établissements déjà touchés par la maladie. J’avais déjà la semaine d’avant demandé à mes sous-préfets d’appeler tous les EHPAD en complément du suivi téléphonique de l’ARS. On pourrait aussi réautoriser les visites par les parents munis de masques car la tension de l’isolement s’accroît.

      Le 31 mars, l’hôpital avait établi, au moyens de projections, que le nombre de lits de réanimation suffirait à passer la crise. Nous atteignons en effet, le 4 avril, un plateau maximum en termes d’entrée en réanimation et disposons d’une trentaine de lits vides. Les sorties sont désormais plus nombreuses que les entrées. La question commence à se poser d’accueillir les patients pour d’autres pathologies avant que ces dernières s’aggravent. On constate aussi que les sorties de réanimation nécessitent des prises en charge lourdes en réadaptation et kinésithérapie.

      Sur le plan économique, on estime qu’un tiers seulement des entreprises continuent à fonctionner et des centaines de demandes de chômage partiel, pour 48 000 salariés au 9 avril, affluent à l’UD Direccte qui peine à suivre l’afflux. 1 400 entreprises sont demandé des reports de charges. Saint-Gobain doit mettre son four en veille, Baccarat arrête les siens. Des difficultés isolées sont mises à la frontière avec le Luxembourg et des habitats du pays haut n’arrivent plus à s’approvisionner en essence, d’autres sont verbalisés quand ils traversent la Belgique pour se rendre à leur travail au Luxembourg ; notre ambassadeur au Luxemburg, Bruno Perdu, intervient auprès des autorités du pays voisin. On estime qu’un tiers seulement des 100 000 travailleurs frontaliers, issus de mon département et de la Moselle, continuent à se rendre à leur travail au Luxembourg.

      Le président de la chambre de commerce et d’industrie, François Pélissier, propose d’acheter des masques pour les entreprises, mais voulait éviter de commander des masques tant qu’on n’était pas sûr que la priorité aux soignants avait été satisfaite. Il commande 600 000 masques qui devraient arriver mi-avril et qu’il va pouvoir vendre à prix coûtant aux entreprises de taille modeste, qui en ont besoin en Meurthe-et-Moselle et dans les départements voisins.

      Les trois prisons sont calmes, même si rapidement des cas de Covid apparaissent chez les détenus, contaminés avant que les gardiens n’aient eu des masques pour se protéger.

      Autour de moi, sont malades du Covid notamment la chef du bureau du cabinet, le stagiaire ENA de Côte d’Ivoire, le DDSP, le DSDIS, une sénatrice qui avait repris son travail comme médecin. Le chaleureux président de la chambre régionale et nationale des métiers décède du Covid le 13 avril.


      Nancy, le 12 avril 2020

      Eric FREYSSELINARD

      Préfet de Meurthe-et-Moselle

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